À Goma, des jeunes s'organisent pour désamorcer les rumeurs qui alimentent les violences
Dans une ville où les conflits armés, les déplacements de population et l'incertitude sécuritaire alimentent quotidiennement les conversations, les rumeurs circulant sur les réseaux sociaux et par le bouche-à-oreille peuvent rapidement provoquer la panique ou exacerber les tensions. Face à cette réalité, une trentaine de jeunes leaders et d'acteurs de la paix se mobilisent pour faire de la lutte contre la désinformation un outil de prévention des conflits.
Réunis à Goma à l'initiative du National Partnership of Children and Youth in Peacebuilding (NPCYP), ces jeunes ont lancé le projet "When Rumours Become Security: Youth Digital Peacewatch Network and Urban Conflict Prevention in Eastern DRC", une initiative pilote qui vise à mettre en place un réseau de veille numérique capable d'identifier, d'analyser et de contrer les rumeurs susceptibles de menacer la cohésion sociale.
Dans un contexte où les informations sur les affrontements, les accords de paix, les mouvements des groupes armés ou encore les épidémies circulent à grande vitesse, les organisateurs estiment que la désinformation est devenue un véritable enjeu de sécurité.
« Aujourd'hui, dans le contexte que traverse la RDC, il n'est pas facile pour la population de résister aux rumeurs. Qu'elles soient vraies ou fausses, elles ont un impact considérable sur nos communautés », explique Steven Malaki, secrétaire exécutif du NPCYP.
Selon lui, les jeunes veulent jouer un rôle actif dans la réduction des tensions en aidant les communautés à distinguer les faits des informations trompeuses.
« En tant que jeunes, nous voulons aider notre société à faire face à ces rumeurs. Ce projet pilote ne durera que deux mois et bénéficie de moyens limités. Mais s'il démontre son efficacité, nous espérons mobiliser davantage de partenaires pour accompagner ce processus à long terme », ajoute-t-il.
Le projet est financé par le Geneva Institute, avec un accompagnement technique assuré par Hafssa Kouskous.
« Notre objectif est d'apaiser la ville et de stopper l'hémorragie des rumeurs dans ce contexte de guerre », insiste Steven Malaki.
Pour les participants, les fausses informations touchent aujourd'hui presque tous les domaines de la vie publique.
Carine Lobela, participante à l'atelier et habitante de Goma, cite notamment les controverses autour de la maladie à virus Ebola.
« Beaucoup de personnes continuent de contester l'existence même de la maladie. Certains disent qu'Ebola n'existe pas, d'autres refusent de croire qu'il y a eu des cas. Ce manque de confiance favorise la propagation des rumeurs », explique-t-elle.
Les débats politiques et sécuritaires alimentent également les spéculations.
« Il y a aussi les discussions autour de la gouvernance, notamment les rumeurs concernant un éventuel troisième mandat du président de la République. Sur le plan sécuritaire, les informations liées au M23, à l'évolution des combats ou à un possible retrait de Goma circulent constamment de bouche à oreille, sans qu'on sache toujours si elles sont vraies », poursuit-elle.
Selon la jeune participante, apprendre à vérifier les informations avant de les partager constitue un moyen concret de protéger la population.
« Disposer d'une information fiable permet d'éviter des risques inutiles. C'est pourquoi nous devons apprendre à vérifier les faits avant de diffuser une nouvelle. »
Au cours de cet atelier, les participants sont formés aux méthodes de surveillance des réseaux sociaux, de vérification des informations et d'analyse des discours susceptibles d'attiser les tensions entre communautés.
À terme, le réseau de jeunes "Digital Peacewatch" ambitionne d'alerter rapidement les acteurs locaux lorsqu'une rumeur dangereuse commence à se propager, afin que des réponses adaptées puissent être apportées avant qu'elle ne débouche sur des violences.
À l’est de la RDC la guerre se joue désormais autant sur le terrain que dans l'espace numérique, les initiateurs du projet espèrent démontrer que la lutte contre la désinformation peut devenir un levier essentiel de consolidation de la paix et de prévention des conflits urbains.