RDC: Gouvernements Suminwa I et II : Une stabilité féminine qui interroge sur l’objectif de la parité
Depuis son entrée à la Primature en mai 2024, Judith Suminwa Tuluka, première femme à occuper ce poste dans l’histoire de la République démocratique du Congo, a placé la question de la représentativité féminine au cœur du débat politique. Les compositions successives de ses deux gouvernements Suminwa I et Suminwa II offrent une photographie précise de l’évolution de cette représentativité, entre constance et limites.
Une présence féminine stable sur deux formations
En mai 2024, le Gouvernement Suminwa I comptait 17 femmes sur 54 membres, soit 31,48 % de représentation. En y incluant la Première ministre elle-même, ce chiffre atteignait 33,33 %, franchissant ainsi le seuil symbolique du tiers.
Suminwa II affiche 17 femmes sur 54 membres, soit 32,07 %. En proportion, la légère progression est surtout due à la réduction globale des effectifs. Le nombre absolu de femmes reste, lui, inchangé.
Postes stratégiques et continuité politique
Dans les deux gouvernements, plusieurs femmes occupent des portefeuilles de premier plan :
Affaires étrangères et coopération internationale ;
Affaires sociales et actions humanitaires ;
Éducation nationale et nouvelle citoyenneté ;
Environnement et développement durable ;
Genre, Famille et Enfant ;
Affaires foncières ;
Jeunesse et Éveil patriotique.
Cette constance traduit une volonté politique de maintenir la visibilité des femmes dans les ministères à forte portée sociale, diplomatique et éducative.
Une avancée, mais encore loin de la parité
Si la RDC dépasse régulièrement le seuil de 30 % recommandé par plusieurs instruments internationaux notamment la Résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU sur les femmes, la paix et la sécurité , la parité stricte reste hors de portée. La stabilité du nombre de femmes sur deux formations successives pose question : s’agit-il d’un plafond politique informel ou d’une étape intermédiaire vers un objectif plus ambitieux ?
Pour certains analystes, la présence féminine stable, dans un contexte politique souvent marqué par des recompositions, témoigne d’un engagement réel pour l’inclusion. Pour d’autres, elle révèle un manque de volontarisme pour franchir un cap décisif vers la parité.
À l’heure où les défis sécuritaires, économiques et sociaux s’accumulent, le rôle des femmes au sein de l’exécutif sera scruté, non seulement à travers les statistiques, mais surtout à l’aune des résultats obtenus dans la conduite des politiques publiques.
DKM