Goma, janvier 2025 : le calvaire de la presse avant la prise de la ville par le M23

Goma, janvier 2025 : le calvaire de la presse avant la prise de la ville par le M23
Ph: Samuel Abiba Goma

Goma (RD Congo), 26 janvier 2025 À la veille de la prise de la ville par les rebelles du M23, plusieurs journalistes couvrant les combats dans l’est de la République démocratique du Congo ont été pris pour cible, illustrant les dangers croissants auxquels est confrontée la presse dans une zone de guerre de plus en plus chaotique.

La semaine précédant la chute de la capitale du Nord-Kivu a été marquée par une intensification des affrontements autour de la ville. Goma était fortement militarisée et les journalistes locaux multipliaient les déplacements sur les différents fronts, alors que les combats se rapprochaient progressivement du centre urbain.

Le front sud-ouest, à Kashengesi, près de Sake, concentrait un important dispositif militaire comprenant les Forces armées de la RDC (FARDC), des éléments de la MONUSCO, de la SADC et des combattants wazalendo. Des tirs d’artillerie lourde, appuyés par des avions de chasse et des hélicoptères de combat, visaient les positions du M23.

Le gouverneur militaire du Nord-Kivu, le général Peter Chirimwami, s’était rendu sur place pour encourager les troupes. Sa présence au front, aux côtés des soldats, visait à remonter leur moral alors que les combats s’intensifiaient. Sur le terrain, des militaires exprimaient ouvertement leur frustration à l’égard de la MONUSCO, accusée de ne pas intervenir directement, conformément à un mandat limité à la protection des civils.

Le 26 janvier au matin, des informations faisant état de la blessure du gouverneur militaire ont renforcé le climat de tension. Craignant des débordements de la part d’éléments armés incontrôlés, des journalistes ont évité cette zone et se sont dirigés vers le front nord de Goma, à Munigi, où des milliers de civils fuyaient les combats.

Femmes et enfants formaient l’essentiel des déplacés, tandis que des ambulances transportaient des blessés graves vers les hôpitaux de la ville. Plusieurs témoins ont fait état de tirs atteignant des camps de déplacés, notamment celui de Kanyaruchinya.

Alors qu’ils réalisaient des reportages dans cette zone, deux journalistes congolais, Samuel Abiba et Td-Jack Muhindo Mahamba, ont été encerclés par un groupe d’hommes armés, identifiés comme une milice locale. Malgré leurs gilets clairement marqués « presse », ils ont été contraints de remettre leur matériel, leurs téléphones, leurs documents d’identité et de l’argent, avant d’être battus et menacés de mort. Ils ont finalement été relâchés à proximité de la route menant à l’aéroport de Goma.

Le même jour, trois journalistes de Sky News, un reporter de RFI, Héritier Munyanfura, ainsi qu’un journaliste de Sake FM, ont également été agressés à Kihisi, dans le territoire de Nyiragongo, dans des circonstances similaires. Les assaillants ont été identifiés comme des éléments wazalendo.

Dans la soirée du 26 janvier, la situation sécuritaire s’est de nouveau détériorée autour de l’aéroport de Goma, zone stratégique. Plusieurs journalistes, dont Td-Jack, sont restés confinés pendant près de trois jours, alors que des combats impliquant des armes lourdes et légères se poursuivaient à proximité.

Pendant cette période, ils étaient injoignables, suscitant une vive inquiétude parmi leurs collègues et leurs proches. La journaliste belge Elien Spillebeen a publiquement exprimé son inquiétude, indiquant avoir été sans nouvelles de plusieurs confrères à Goma.

Selon des sources locales et humanitaires, Samuel Abiba et Td-Jack Mahamba ont finalement pu quitter les locaux de Radio GO FM, où ils s’étaient réfugiés, et rejoindre leurs familles après deux jours d’enfermement.

La prise de Goma par le M23 marque un nouvel épisode majeur dans un conflit qui dure depuis des décennies dans l’est de la RDC. Pour les journalistes locaux, elle souligne une fois de plus l’extrême vulnérabilité de la presse, prise en étau entre groupes armés, forces régulières et populations civiles en fuite.