Kinshasa : le gouvernement suspend les activités académiques dans les établissements publics de Goma et Bukavu

Kinshasa : le gouvernement suspend les activités académiques dans les établissements publics de Goma et Bukavu
Ph: Samuel Abiba Goma lors de la collation de grade pour l’année 2026

Le gouvernement congolais suspend, jusqu’à nouvel ordre, les activités académiques et para-académiques dans onze établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire de Goma et Bukavu, deux villes du Nord et du Sud-Kivu actuellement sous le contrôle de l’AFC/M23.

La mesure concerne notamment l’Université de Goma (UNIGOM), l’Institut supérieur de commerce de Goma (ISC-Goma), l’Institut supérieur des techniques médicales de Goma (ISTM-Goma), l’Institut supérieur des techniques appliquées (ISTA-Goma) et l’Institut supérieur pédagogique (ISP-Goma). À Bukavu, sont concernés l’Université officielle de Bukavu (UOB), l’ISC-Bukavu, l’ISTM-Bukavu, l’ISP-Bukavu, l’ISDR-Bukavu et l’ISAM-Bukavu.

Selon l’arrêté signé le 20 août 2026 par la ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, Marie-Thérèse Sombo Ayane Safi Mukuna, la suspension porte sur les inscriptions et réinscriptions, les enseignements, les évaluations, les délibérations ainsi que tout autre acte académique pouvant conduire à la délivrance d’un titre académique pour l’année 2026-2027.

Le gouvernement justifie cette décision par les impératifs sécuritaires particuliers qui prévalent dans ces zones en conflit. Une observation permanente doit notamment permettre de suivre l’évolution de la situation afin d’envisager, dès que possible, la reprise normale des activités académiques.

Une exception est toutefois prévue pour les étudiants finalistes de l’année académique 2025-2026 dont le cursus n’a pas pu être achevé. Ceux-ci sont autorisés à poursuivre leurs évaluations et les autres démarches nécessaires à la finalisation de leur cursus dans des établissements publics ou privés légalement établis par les autorités congolaises.

Des parents inquiets pour l’avenir de leurs enfants

À Goma, la décision suscite des inquiétudes chez certains parents. Si la situation sécuritaire est comprise comme une priorité, plusieurs familles redoutent désormais les conséquences de cette suspension sur l’avenir académique de leurs enfants.

« Nous comprenons que la sécurité de nos enfants doit être une priorité, mais leur éducation ne doit pas devenir une autre victime de la crise. Nous demandons au gouvernement de prendre des mesures concrètes pour assurer la continuité de leurs études. Ici, nous sommes en train de survivre. Ce n’est pas tout le monde qui peut envoyer son enfant étudier à Kinshasa », témoigne un parent.

Pour ces familles, une éventuelle délocalisation des études vers d’autres villes du pays reste difficilement envisageable en raison des moyens financiers limités et de la situation économique déjà fragilisée par la crise.

Enseignants et parents parmi les plus exposés

Djibril M’piana Tchibangu, enseignant aux universités et chef de session à l’ISAM-Goma, estime que la suspension risque également d’avoir des conséquences importantes sur les enseignants et les familles.

« Les plus grands perdants sont les enseignants et les parents des étudiants. Même s’il y a des personnes ciblées, les corps académiques de ces deux entités vivent de ce métier et cela pourrait aussi toucher négativement l’éducation des enfants », explique-t-il.

Au-delà des étudiants, la mesure pourrait donc affecter toute une chaîne : enseignants, personnels administratifs, parents et autres acteurs qui dépendent directement du fonctionnement des établissements universitaires.

Dans une ville déjà confrontée aux conséquences de la crise sécuritaire, la suspension des activités universitaires ouvre ainsi une nouvelle période d’incertitude pour des milliers d’étudiants.

Le gouvernement assure cependant que la situation sécuritaire fera l’objet d’un suivi permanent et que les mesures nécessaires seront prises pour permettre la reprise du fonctionnement normal des établissements dès que les conditions le permettront.

Pour les familles de Goma, l’enjeu reste désormais de trouver un équilibre entre impératif de sécurité et droit à l’éducation, alors que la crise continue de bouleverser le quotidien de la population.