Femmes rurales du Nord-Kivu : les héroïnes oubliées des zones en conflit
Dans les villages reculés du Nord-Kivu, au cœur d’une région dévastée par des décennies de conflits armés, les femmes et filles rurales mènent une bataille quotidienne, loin des projecteurs. Victimes de violences, porteuses de traditions, et gardiennes de la survie, elles incarnent à la fois la souffrance et la résilience dans l'une des provinces les plus instables de la République Démocratique du Congo.
Dans les territoires comme Rutshuru, Lubero, Masisi, et Beni, les femmes vivent en première ligne des affrontements entre groupes armés. Elles sont souvent les cibles de violences sexuelles utilisées comme arme de guerre, une stratégie brutale qui brise des vies et des communautés.
« Nous avons tout perdu », témoigne au téléphone Cécile Mahamba, une habitante déplacée de Kaynama en territoire de Beni, victime des atrocités des combattants ADF. « Nos maris ont été tués, nos champs incendiés. Maintenant, nous devons tout reconstruire avec rien. »
Au-delà des violences directes, l’insécurité limite leur accès aux champs, leur principale source de subsistance. Les routes coupées et les marchés désertés aggravent la crise alimentaire, plongeant des milliers de familles dans une précarité absolue.
Les piliers de la survie communautaire
Malgré les dangers, ces femmes restent au centre des dynamiques communautaires. Elles cultivent des parcelles de terre parfois à des kilomètres de leurs villages, risquant leur vie pour nourrir leurs enfants. Dans des milieux urbains comme Beni, Butembo ou encore Goma, certaines vivent en quemandant et d'autres sont victimes des plusieurs abus sexuels qui restent silencieux pour accéder aux moyens de subsistance en dépit de tous les dangers. Elles organisent également des réseaux de solidarité, souvent informels, pour partager les maigres ressources disponibles.
À Nyamilima dans le Rutshuru, un groupe de femmes a créé une petite coopérative agricole et des AVEC "Associations Villageoises d'Epargne et des Crédits", transformant ce qui était autrefois une culture vivrière en une source modeste de revenus. « Nous n'avons pas d'autres choix », explique Honorine, une des initiatrices du projet. « Si nous attendons l’aide, nos enfants mourront de faim dans ce contexte où nous n'avons plus ou écoulé nos produits agricoles à cause de la guerre du M23. »
Ces initiatives locales, bien que précieuses, restent insuffisantes face à l’ampleur des défis.
La double peine : violences et marginalisation
Outre les violences liées à la guerre, les femmes rurales du Nord-Kivu font face à une marginalisation structurelle. L’absence de services de base – écoles, centres de santé, routes praticables – amplifie leur isolement.
La majorité d’entre elles n’a pas accès à l’éducation, ce qui limite leurs opportunités économiques et leur participation aux décisions communautaires. « Nous travaillons dur, mais personne ne nous écoute », déplore Wimana, mère de sept enfants dans le territoire de Rutshuru.
Une réalité amère qui a d'ailleurs était peinte au courant de la semaine par Mme. Passy Mubala coordonnatrice de Aidprofen lors de son intervention au conseil de sécurité des Nations-Unies sur la situation de la femme dans l'est de la RDC.
Un appel à la reconnaissance et à l’autonomisation
Pourtant, ces femmes ne se considèrent pas comme des victimes, mais comme des actrices de changement. Elles demandent des formations, des financements pour leurs projets agricoles, et des programmes d’éducation pour elles et leurs enfants. En plus de cela, elles réitère leurs cris de détresse appellant le gouvernement congolais et la communauté internationale de mettre fin au cycle infernal des violences qu'elles vivent depuis des décennies.
« Si on nous donne des outils et un minimum de sécurité, nous pouvons transformer nos vies et celles de nos communautés », poursui Wimana.
Des initiatives locales et internationales commencent à émerger, mais elles sont souvent limitées par des moyens financiers insuffisants et une coordination inefficace. Une approche plus globale, centrée sur l’autonomisation des femmes rurales et le retour d'une paix durable dans les zones affectées par des conflits armés, pourrait constituer une solution durable pour stabiliser la région.
Dans le chaos du Nord-Kivu, les femmes rurales sont les gardiennes d’un espoir fragile. Leur résilience face à l’adversité témoigne de leur potentiel à devenir des moteurs de développement et de paix.
Il est impératif que la communauté internationale, les autorités congolaises, et la société civile reconnaissent leur rôle essentiel. Investir dans ces femmes, c’est investir dans un avenir plus stable et plus juste pour le Nord-Kivu.
Dans ce contexte de guerre, les femmes rurales ne sont pas seulement des victimes. Elles sont les héroïnes invisibles d’une région qui lutte pour renaître.
DKM