Devant l’ONU, Thérèse Kayikwamba affirme : « La RDC choisit la paix, pas la capitulation »
Moins d’une semaine après la signature d’un accord de paix à Washington, l’espoir d’une accalmie a volé en éclats dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). La prise de la ville d’Uvira par l’AFC/M23, à l’issue de plusieurs jours de combats, a plongé la région dans une nouvelle phase d’incertitude et d’inquiétude. Au Conseil de sécurité, les appels à une action urgente se sont multipliés ce vendredi.
Devant les membres du Conseil, le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Jean-Pierre Lacroix, a tiré la sonnette d’alarme. Selon lui, « les développements récents font peser un risque sérieux de fragmentation progressive de la République démocratique du Congo ». Il a décrit un tableau préoccupant : expansion territoriale du M23, installation d’administrations parallèles et affaiblissement de la présence de l’État congolais dans plusieurs zones de l’Est.
Lacroix a prévenu que cette dynamique « *menace directement l’unité, la souveraineté et l’intégrité territoriale » du pays, ravivant « le spectre d’un embrasement régional aux conséquences incalculables ».
Selon les informations présentées au Conseil, la chute d’Uvira s’est accompagnée d’une escalade militaire de grande ampleur. Les affrontements opposent les combattants du M23 appuyés, selon Kinshasa, par des éléments des forces armées rwandaises aux Forces armées de la RDC (FARDC), soutenues par des militaires burundais et les groupes d’autodéfense Wazalendo.
Alors que les combats se rapprochent de plusieurs axes stratégiques, les inquiétudes grandissent quant à la capacité de l’État congolais à protéger les populations civiles.
La représentante de la RDC, Thérèse Kayikwamba, a insisté sur la gravité de la situation, appelant le Conseil à « agir de toute urgence ». Dans son intervention, la ministre congolaise des Affaires étrangères a affirmé que le choix de la diplomatie « n’est ni une concession, ni un signe de fragilité », mais une démonstration de responsabilité et de confiance dans les mécanismes multilatéraux.
Elle a réitéré la foi de Kinshasa dans : l’engagement des États-Unis, facilitateur du processus de Washington, le rôle du Qatar, garant du processus de Doha, et la valeur normative du processus de Luanda.
Le représentant du Burundi a, lui aussi, dressé un tableau alarmant, particulièrement dans les camps de déplacés de Tchibitoke et Gatumba, où la situation humanitaire se dégrade rapidement. Il a exhorté les Nations unies à renforcer leur soutien et a accusé le Rwanda d’avoir effectué des bombardements sur son territoire le 4 décembre 2025, dénonçant une « attitude belliqueuse ».
En réponse, le représentant du Rwanda a rejeté ces accusations, assurant que son pays n’a aucune intention d’attaquer directement le Burundi. Cette nouvelle joute diplomatique intervient alors même que les tensions régionales ne cessent de s’intensifier.
La prise d’Uvira a provoqué de nouveaux déplacements massifs de populations. Dans plusieurs camps de l’ouest du Burundi et du sud-Kivu, les organisations humanitaires signalent un besoin urgent en nourriture, abris, eau potable et soins médicaux. Les risques de violations graves des droits humains augmentent dans les zones passées sous contrôle de groupes armés, où l’accès des ONG reste limité.
Cette flambée de violence intervient à un moment critique : le Conseil de sécurité doit renouveler dans les prochains jours le mandat de la MONUSCO. Pour de nombreux observateurs, l’évolution rapide de la situation militaire et humanitaire dans l’Est de la RDC pourrait peser lourdement sur les discussions à New York.
Alors que la région retient son souffle, une question demeure : la communauté internationale saura-t-elle agir à temps pour éviter une escalade incontrôlable ?