RDC : le départ de Bintou Keita, une fin de mandat sous tension et convictions intactes
Arrivée en 2021 pour succéder à Leïla Zerrougui à la tête de la MONUSCO, Bintou Keita quitte la République démocratique du Congo au terme d’un mandat marqué par l’escalade des violences dans l’est du pays, mais aussi par un engagement constant qu’elle revendique jusqu’aux derniers instants.
Je me souviens de notre première rencontre, le 17 mars 2021, lors de sa toute première conférence de presse à Kinshasa. L’ambiance était encore imprégnée des célébrations de la Journée internationale des droits des femmes. Mme Keita, fraîchement arrivée, se préparait déjà à répondre aux attentes immenses d’un pays meurtri et d’une opinion publique souvent impatiente.
Par la suite, d’autres échanges notamment dans le cadre d’enquêtes menées avec une agence de presse allemande m’ont permis d’observer de près sa méthode : prudente, déterminée et profondément attachée aux principes du mandat qu’elle portait.
Sur le terrain, dans des zones meurtries comme Djugu, son action était perçue d’une manière bien différente des critiques parfois bruyantes venues des centres urbains. Là où la population vivait au rythme des attaques, des déplacements et de l’incertitude, certains n’hésitaient pas à dire : « Si la MONUSCO part d’ici, nous la suivrons. »
Une réalité souvent ignorée par ceux qui, dans les hôtels des grandes villes, s’autorisaient à tirer sur l’institution à coups de déclarations faciles.
Pourtant, le mandat de la MONUSCO n’avait pas été renforcé pour lui permettre d’intervenir sur les lignes de front. C’est dans ce cadre que s’inscrivait la surveillance exercée par les casques bleus. Le général Benoît Chavant avait ainsi alerté Kinshasa, bien avant la résurgence du M23, sur la possibilité d’incursions de troupes étrangères en territoire congolais.
Lorsque la Mission a averti que le M23 disposait d’une capacité militaire structurée, comparable à celle d’une armée professionnelle, ces messages ont été diversement accueillis. Dans un climat politique tendu, certains propos de Mme Keita ont été mal interprétés, contribuant à alimenter un bras de fer médiatico-politique. Le porte-parole de la MONUSCO, Mathias Gillmann, en paiera le prix : poussé à quitter le pays sous la pression.
Malgré les attaques verbales, les campagnes sur les réseaux sociaux et les suspicions dont elle a fait l’objet, Bintou Keita est restée fidèle à la ligne qu’elle défendait depuis son entrée en fonction : soutien aux forces de sécurité congolaises, consolidation de l’autorité de l’État, protection des civils et accompagnement de la transition.
Elle répétait volontiers le conseil reçu du Secrétaire général de l’ONU : « Ayez la peau dure. Et rappelez la patience sept fois. »
Son départ intervient alors que la MONUSCO s’engage dans une phase décisive de désengagement progressif. Entre malentendus politiques, attentes populaires et défis sécuritaires immenses, le mandat de Mme Keita aura été l’un des plus complexes de l’histoire récente de la Mission. Mais il aura aussi été celui d’une femme restée jusqu’au bout convaincue que la paix, même fragile, reste possible en RDC