RDC : l'échec du sommet tripartite de Luanda, Dr Denis Mukwege insiste sur l’urgence d’agir
Le récent échec du sommet tripartite dans le cadre du processus de Luanda, visant à désamorcer la crise entre la République démocratique du Congo (RDC) et ses voisins, reflète l’impasse politique et diplomatique qui caractérise les efforts actuels de pacification dans la région. Malgré la bonne volonté du président angolais João Lourenço, les négociations n’ont pas permis d’avancer vers une résolution durable du conflit.
Face à cette situation, une voix s’élève pour rappeler l’urgence de redynamiser l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba pour la paix, la sécurité et la coopération, signé en 2013. Cet accord avait été conçu pour s’attaquer aux causes profondes des conflits dans l’Est de la RDC et la région des Grands Lacs, et pour rompre les cycles de violences récurrentes.
Co-garanti par des puissances internationales comme l’Union Européenne, les États-Unis, la Belgique, la France et le Royaume-Uni, avec le soutien d’organisations telles que l’ONU, l’Union africaine et la Banque mondiale, cet accord visait à démobiliser les groupes armés, à neutraliser les forces déstabilisatrices et à réaffirmer les principes fondamentaux du droit international.
Cependant, malgré les promesses initiales, les objectifs de l’accord restent loin d’être atteints. Aujourd’hui, face à l’échec des initiatives actuelles de Luanda et de Nairobi, il est crucial de remettre cet accord au cœur de l’agenda international pour désamorcer les tensions régionales et engager une véritable dynamique de paix.
Une tragédie ignorée
Le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix et fervent défenseur des droits humains, insiste sur l’urgence d’agir. « Nous ne pouvons pas nous habituer au sang qui coule dans ce pays, depuis des décennies désormais, faisant des millions de morts à l’insu de beaucoup », a-t-il rappelé, reprenant les mots du Pape François lors de sa visite en RDC.
Pour Mukwege, sortir la tragédie congolaise de l’indifférence nécessite une mobilisation accrue des pays co-garants de l’Accord-Cadre. Il appelle à une diplomatie internationale renforcée, combinée à une mobilisation des acteurs économiques, pour imposer un régime de sanctions contre les États responsables de la déstabilisation de la RDC, notamment le Rwanda.
S’attaquer aux causes profondes du conflit
Le Dr Mukwege souligne également l’importance de s’attaquer aux moteurs structurels des conflits dans l’Est de la RDC :
- L’exploitation et le commerce illégal des ressources naturelles, alimentant les réseaux de violence.
- La culture de l’impunité, permettant aux acteurs de la guerre d’échapper à la justice.
Pour mettre fin aux souffrances des millions de Congolais déplacés par les violences, Mukwege plaide pour des sanctions économiques et politiques contre le Rwanda et ses alliés tant qu’ils continueront à soutenir des groupes armés tels que le M23. Il appelle également à la suspension de toute aide militaire aux États de la région qui ne respectent pas les engagements pris dans le cadre de l’Accord-Cadre.
Selon Mukwege, la stabilité de la RDC, située au cœur de l’Afrique, est essentielle non seulement pour la paix régionale, mais aussi pour l’économie mondiale et la transition énergétique. La communauté internationale doit donc mobiliser tous les leviers possibles pour mettre fin à des décennies de souffrance et d’instabilité.
« Le temps n’est plus à des condamnations creuses et à des paroles vides », conclut Mukwege. Les Congolais, qui subissent depuis trop longtemps les conséquences de ces ingérences, attendent des actions concrètes et décisives.
DKM