RDC: sous le poids des préjugés, des swahiliphones stigmatisés à Kinshasa (témoignages)
Depuis que la ville de Goma, dans la province du Nord-Kivu, et plusieurs entités du Sud-Kivu dont la ville de Bukavu sont tombées sous le contrôle de l'AFC/M23, les congolais originaires de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) vivent avec la peur au ventre dans la ville province de Kinshasa.
Dans les espaces publics, prononcer ne serait-ce qu’un mot en swahili suffit à déclencher la méfiance, voire la colère, de ceux qui associent cette langue à des préjugés tenaces.
« C’était dans un taxi. Les gens autour de moi discutaient politique, et je me suis abstenu de dire quoi que ce soit. Puis, j’ai reçu un appel d’un ami de Bukavu qui voulait prendre de mes nouvelles. Il m’a parlé en kiswahili, et j’ai répondu dans la même langue. Soudain, quelqu’un dans le taxi a lancé : ‘Bango wana, ba Swahili ba mbokatiers, ba Rwandais ya mitema mabe’ [‘Ce sont eux, ces Swahilis, ces traîtres, ces Rwandais au cœur mauvais’]. Je lui ai rétorqué qu’il n’était pas plus Congolais que nous tous », raconte un homme originaire de l'est ayant requis l’anonymat.
La situation a vite dégénéré. « Ils se sont tous acharnés sur moi. L’un d’eux m’a même demandé ma carte d’électeur pour vérifier si j’étais vraiment Congolais », poursuit-il.
Incapable de supporter davantage ces attaques, il a décidé de quitter le taxi avant sa destination pour préserver sa sécurité. « Dieu merci, dans leur brouhaha, le chauffeur est arrivé à un arrêt. Je lui ai dit calmement que je descendais là, bien que ce ne soit pas mon intention initiale. C’était ma seule chance de m’en sortir indemne. »
Face à cette hostilité, certains swahiliphones ont adopté des stratégies de survie. Ils limitent leurs déplacements et réservent l’usage du swahili à leur domicile.
« Nous sortons uniquement pour aller au travail, et après, nous rentrons directement à la maison. Nous évitons aussi de commenter quoi que ce soit sur la guerre à l’est. Voilà à quoi ressemble notre quotidien désormais », confie avec regret une jeune femme qui vit à Kinshasa depuis plus de vingt ans.
Les Congolais de Goma et Bukavu, réfugiés dans la capitale, partagent ce même calvaire. Leur seul espoir ? Que la paix revienne pour leur permettre de rentrer chez eux, loin des soupçons et des discriminations.
Avec Godamu