Goma : les épouses de militaires, des héroïnes face à la précarité
Déplacées par la guerre, privées de leurs foyers et plongées dans l’incertitude, les épouses de militaires du camp Katindo ne baissent pas les bras. Malgré des conditions d’hébergement précaires dans des écoles, des églises et des familles d’accueil, elles redoublent d’ingéniosité pour nourrir leurs enfants et subvenir à leurs besoins.
Lorsque les combats ont atteint Goma, ces femmes ont fui précipitamment, ne pouvant emporter que peu d’affaires et de ressources financières. Aujourd’hui, elles s’accrochent aux petits commerces qu’elles ont réussi à mettre en place.
"Nous avons fui quand j'avais encore une petite somme d'argent, et maintenant j’ai décidé de la fructifier. Là, comme tu me vois, je n’ai que 20 000 FC, ce qui me permet d’acheter quelques ‘Thomson’ et trois kilos de pommes de terre pour faire des frites. Le bénéfice m’aide à acheter des légumes pour mes enfants, et le reste, je le mets dans le likelemba," confie maman Moïse, mère de quatre enfants.
D’autres, comme Denise, ont transformé leur savoir-faire en une opportunité d’adaptation. "J’avais mon salon de coiffure avec un tarif qui me permettait de réaliser mes projets. Mais aujourd’hui, je coiffe devant la porte d’un débit de boisson, acceptant n’importe quel montant que mes clientes peuvent me donner, juste pour avoir de quoi nourrir mes six enfants," raconte cette mère d’une trentaine d’années.
Le courage de femmes salué par la communauté
Dans leur malheur, ces femmes trouvent le soutien moral de certaines habitantes de Goma, impressionnées par leur force.
"Franchement, si j’étais à leur place, je ne sais pas si je serais capable de me relever et de créer des activités génératrices de revenus. Pour moi, elles sont des femmes fortes, des héroïnes," témoigne Mapendo Kabuo, une habitante du quartier Mabanga Nord.
Si ces femmes font preuve d’une résilience admirable, elles n’en restent pas moins préoccupées par leur avenir. Beaucoup expriment leur tristesse face aux destructions dans leur ancien camp. "Aujourd’hui, certaines maisons du camp Katindo sont brûlées, d’autres pillées… Nous pensons que tout cela est dû à un règlement de comptes," déplorent-elles.
Dans un contexte de guerre où la précarité touche de plein fouet les plus vulnérables, ces femmes incarnent la détermination et le courage d’une population qui refuse de sombrer malgré l’adversité.
Godamu